Depuis que j'ai 5 ans je fais de la danse: classique pendant 8 ans, modern'jazz et contemporain pendant plus de 10 ans, claquettes au moins 5 ans, oriental depuis deux ans et flamenco depuis cette année.
Voici une citation d'Henry Havelock Ellis (je ne sais pas qui c'est) qui dit exactement ce que je ressens: "La danse est le plus sublime, le plus émouvant, le plus beau de tous les arts, parce qu'elle n'est pas une simple traduction ou abstraction de la vie; c'est la vie elle-même."
Mais pour moi la danse est aussi une grosse peine. J'ai toujours voulu être danseuse, que cela puisse me définir en partie, que cela soit mon métier, mon activité principale, mon statut social, que cela fasse partie de mon quotidien ou presque et pas seulement dans mon salon ou ma cuisine. Sauf que ... je n'ai jamais eu le physique requis en France pour être danseuse, et aussi il me manque quelque chose... le petit plus qui distingue le danseur "du dimanche" du danseur qui fait vibrer.
Ce petit plus, il me semble que j'arrive petit à petit à comprendre pourquoi je ne l'ai pas. Je me souviens que vers 16 ou 17 ans, mon petit ami m'a dit un jour: "tu danses bien, mais c'est trop "petit", comme si tu n'allais pas au bout du mouvement." Je me suis regardée dans les miroirs avec cet oeil nouveau, et j'ai vu... j'ai vu que je reproduisais des mouvements à la manière d'une machine, pas comme si j'y mettais mon âme. J'apprenais, je réfléchissais, et je dansais en restant dans ma tête... il fallait que je sente l'énergie, que je me "lâche", que mon corps parle.
Sauf que ça, j'ai beaucoup de mal, surtout avec d'autres personnes que je ne connais pas vraiment et en qui je n'ai pas une confiance absolue. Ou alors il faut que ce soit au milieu d'inconnus. Par exemple, quand j'allais en boite à 18 ans, là je me lâchais, et là j'étais dans le juste, j'étais vraiment MOI.
Voilà, c'est ça. Oser être soi. Même devant les autres.
Depuis que je fais de la danse orientale, j'ai pas mal surfé sur le net, car cette danse me fascine. Et en plus, chose inespérée, personne n'est ni trop grosse ni trop vieille pour être une vraie danseuse, et ça c'est quand même fantastique pour moi, cela m'ouvre des portes...
Voici ce que j'ai trouvé un soir... "Le but de la femme qui danse seule, dans le contexte oriental, n'est pas tant de plaire à un spectateur potentiel, mais affirmer son droit souverain à un plaisir aussi intime que narcissique. Dans ce sens, la danse orientale coupe celle qui s'y adonne du monde qui l'entoure, et l'oriente plutôt vers l'intérieur en une quête qui tend vers le spirituel." Fatema Mernissi, citation trouvée sur http://www.carolineachouri.com/Caroline.htm
Ca m'a fait tilt. Est-ce donc cela que je trouve si beau dans la danse orientale? est-ce cela que je n'ai pas encore trouvé et que j'ose espérer toucher du doigt un jour par cette danse?
Ma quête est donc celle de moi-même, et celle du "Tarab", l'état de grâce dans lequel le corps devient l'instrument et où ce qu'on a au plus profond de nous peut s'exprimer.
Arrêter de penser quand je danse pour pouvoir être.
Oui,danser et oser être soi, c'est un vaste programme et un grand voyage à la fois. Je sais de quoi je parle car il ne m'est toujours pas aisé de le faire, même avec plus de connaissances ou d'expériences. Pourquoi donc ? Parce qu'il s'agit de la vraie rencontre de soi, d'une mise à nue en quelque sorte. Alors se pose la question de ce que l'on souhaite rendre visible...Notre beauté physique? Nos prouesses techniques ? Nos sentiments ? Notre sensibilité ? Notre monde intérieur ?...Pour ma part j'y travaille encore, j'ose avouer que je ne vais pas sur scène aisément, que ce n'est pas facile pour tout le monde, quelque soit le niveau technique ! Mais une chose est sûre, c'est un chemin très intéressant sur lequel on apprend à se découvrir, à se rencontrer, à s'aimer, à s'ouvrir...Amicalement.